arronnes

    Superficie de 2600 ha - Altitude de 330 à 597 mètres - 332 habitants environ.

    L'origine du nom de cette commune est peut-être issue de l'ancien nom du Sichon ou de Arone, mot pré-celte qui désigne le lieu de rencontre de la grande rivière (Ar) avec une rivière plus petite (Rone). En effet, le village est le point de fusion de deux cours d'eau: le Sichon et la Vareille. La commune semble se développer autour d'un prieuré fondé au XIème siècle par le monastère de Cluny, qui offre l'hospitalité aux voyageurs allant de la vallée de l'Allier au Forez jusqu'en 1341, date à laquelle il tombe en ruine. Il est répété à l'envie qu'"ici s'arrête l'Auvergne", et qu'"ici commence le Bourbonnais". Arronnes, située à la rencontre de deux provinces, a subi l'influence de deux cultures: la langue d'oc et la langue d'oil. D'ailleurs, jadis, l'église saint Léger et les maisons aux toitures à faible pente étaient couvertes de tuiles rondes appelées "tiges de bottes" caractéristiques du midi.

    La paroisse fait partie de l'ancien diocèse de Clermont, avant d'être rattachée à celui de Moulins, lors de sa création en 1823. La seigneurie d'Arronnes est cédée, le 14 juin 1351, par le duc Pierre de Bourbon, à Dalmas de Vichy, sire de Busset. Elle reste aux mains de cette famille jusqu'en 1672 et passe alors, par mariage, à la baronnie de Montgilbert. De plus, la commune est le berceau de la famille de Jean de Doyat, conseiller et chambellan du roi Louis XI. La commune est créée en 1790 et dépend du canton de Busset, puis de celui du Mayet-de-Montagne. En 1800, la population, de 1 100 habitants, est à son maximum.

    L'économie est essentiellement tournée vers l'agriculture. Jusqu'aux années 1960, de nombreux moulins sont toujours en activité, ainsi qu'une carderie et des scieries. Jadis le travail du fer ordinaire était l'affaire des cloutiers, forgerons, charrons, maréchaux-ferrants. Mais, pour la fabrication des outils, tous les corps de métiers s'adressaient à une corporation réputée: les taillandiers. Jusqu'au milieu du XIXème siècle, l'acier produit en faible quantité et d'un coût élevé, était destiné à la partie de l'outil sollicité par le travail. Greffé à chaud sur un corps en fer ordinaire forgé, l'acier était trempé dans un bain d'eau, d'huile ou de savants mélanges, dont le taillandier conservait secrètes les compositions.

    Ci-dessous, ce linteau de fenêtre est sculpté de différents motifs. Une croix reposant sur deux carrés, mis l'un dans l'autre, est gravée à côté d'un coeur. De plus, la date de 1870 est inscrite dans un rectangle. L'interprétation de ces signes est difficile. L'enseigne plus bas rappelle l'importance de la boulangerie à la campagne comme à la ville. Le pain est en effet la base de l'alimentation jusque dans les années 1960, et occupe encore une grande place de nos jours.

    Créée en 1895 par l'ingénieur Beaupré, la moto-batteuse Bertin (photo ci-dessous) est équipée de l'un des tous premiers moteurs à combustion interne mis au point en Europe. Déplaçable, elle est l'ancêtre du tracteur. Elle était, à l'origine, destinée pour accomplir le battage des moissons en Beauce. Des cartes postales du début du XXème siècle montrent la vallée recouverte de prés, de cultures de céréales (blés, seigle...) et quelques cultures spécialisées dans les lieux les plus propices (chanvre, topinambours, vigne, pommes de terre). Les exploitations agricoles avaient des surfaces réduites (moins de 10 hectares) et des rendements faibles. Avec l'exode rural, de nombreuses parcelles ont été boisées. La culture de la vigne a pratiquement disparu sur les coteaux bien exposés de la vallée, depuis les attaques du phylloxéra à la fin du XIXème siècle. Il subsiste également quelques rares treilles sur les façades des maisons.

    La culture et le travail du chanvre est une vieille tradition à Arrones. Le sobriquet des habitants "Lou Naisas" viendrait d'ailleurs du vieux Français "naiser", qui veut dire "rouir". Les trous à rouir, comme celui présenté ci-dessous, existaient tout le long du Sichon. Appareillés de pierres sèches et souvent de forme allongée avec des marches d'accès, ils se remplissaient d'eau de la rivière par capillarité. Aujourd'hui, ils permettent aux jardiniers d'arroser leurs légumes.

    Les graines de chenevis étaient semées au printemps. Elles donnaient de longues tiges ligneuses que l'on récoltait en août pour les pieds mâles, et en septembre pour les pieds femelles. Séchées au soleil à la récolte, puis mis en javelles, elles étaient plongées dans l'eau pendant des semaines afin d'éliminer la gomme qui lie les fibres textiles à l'écorce. Cette opération s'appelait le "rouissage".

    Les javelles mises à sécher étaient ensuite soit décortiquées manuellement à l'aide d'une broie, ou mécaniquement dans les moulins qui possédaient une maillerie. Le peignage, exécuté avec des peignes à dents de fer, séparait la filasse des chenevottes. Les paquets de filasse étaient ensuite filés et livrés aux tisserrands. le hameau "des Grivats", près de Cusset, comptait de nombreux tisserands. Ces derniers fabriquaient "biaudes, torchons ou draps", des tissus rêches mais inusables.

    Laurent Bargoin (1846-1920), menuisier, travaillait dans les maisons des environs pour fabriquer portes et fenêtres. Joueur de cornemuse doué, il devint célèbre après plusieurs séjours à Paris. Il possédait un bal où les gens d'Arronnes et les bourgeois de Cusset venaient danser. Compositeur de la célèbre "Valse à Bargoin", il acheta la maison ci-dessous, fit peindre son portrait avec sa cornemuse juste au-dessus de la porte d'entrée, où il tint café. La cornemuse est l'instrument traditionnel typique du sud Bourbonnais. La "musette du père Bargoin", construite par Joseph Bechonnet, facteur de vielles et musettes à Effiat dans le Puy-de-Dôme, est alimentée par un soufflet, possède trois bourdons et une poche en cuir allongée, réalisée d'une seule pièce. Plusieurs maîtres sonneurs étaient originaires de la vallée: Mary Diot à Riboulet et le père Brosse aux Eaux Blanches.

    Typique de la Montagne Bourbonnaise, la Maison Giraud, ci-dessous, aujourd'hui la Maison de la Paysannerie, a été construite au XIXème siècle. Son exposition plein sud permet d'avoir un bon ensoleillement et d'être abritée des vents majeurs du Nord et de l'Ouest. La salle commune est le coeur de la maison. C'est la pièce où vit toute la famille. La cheminée et l'évier, appelé aussi "bassière", sont des éléments incontournables de l'habitat. A l'étage, deux chambres sans chauffage sont d'une grande sobriété avec leurs murs enduits et badigeonnés à la chaux. Le grenier est réservé au stockage. Deux granges-étables attenantes permettent de loger les animaux. L'arrière de la bâtisse est plus ancien. On y découvre un four à pain et un atelier de forgeron. En effet, les paysans possédaient peu de terrain et étaient souvent contraints d'exercer une seconde activité: forgeron, menuisier, sabotier...

    Autrefois, rares étaient les maisons qui ne possédaient pas de four (photos ci-dessous). L'ouverture, tenue fermée par le bouche-four, donne sous la cheminée, juste au-dessus du foyer. En dessous, le cendrier recueille les cendres fort précieuses pour la lessive. Périodiquement, le four était chauffé pour cuire des tourtes de pain que l'on entassait ensuite sur le tourtier pendu au plafond. On ne coupait jamais le pain sans avoir tracé une croix avec le couteau sur la partie plate, sous peine de malheur, et en aucun cas les tourtes ne devaient reposer sur leur partie bombée. Après la cuisson du pain, le four resté chaud pouvait cuire les tartes ou gâteaux appelés "pompes, fretas, gouère, gouerons", ou sécher les fruits.

    Appelé "Chisson" jusqu'au XVIIIème siècle, le Sichon prend sa source dans les Bois Noirs sur la commune de Lavoine à 1 100 mètres d'altitude. Après un parcours de 43 kilomètres et un dénivelé de 848 mètres, il se jette dans l'Allier. De nature paisible, il peut devenir, à la fonte des neiges ou durant les orages d'été, un véritable torrent. Rivière de première catégorie, refuge de la truite sauvage et de l'écrevisse à pattes blanches, le Sichon sillonne 13 communes et possède un bassin versant de 48 000 hectares.

    La vallée du Sichon comptait une quarantaine de moulins. Sept étaient situés à Arronnes. Tous avaient un rôle social et économique de première importance. C'étaient des lieux de rencontres et d'information où les hommes aimaient bavarder à loisir. Le meunier possédait également des installations annexes afin de broyer le chanvre, presser le cidre et l'huile de noix, ou encore scier des billes de bois.