autry-issards: patrimoine

    l'église de la sainte-trinité (classée aux Monuments historiques en 1927)

    Cette église est un édifice roman du XIIème siècle. Son plan est simple: une nef unique de trois travées, reliée à un choeur plus étroit, s'achève par une abside en hémicycle et communique avec des travées précédant des absidioles. De ces deux absidioles, l'une a conservé sa structure et sa voûte d'arêtes primitives, tandis que l'autre a été remaniée.

    L'église possède également une nef unique de trois travées, sans bas-côtés, voûtée d'un berceau brisé. Les doubleaux de la nef retombent sur des pilastres cannelés à chapiteaux de feuilles et de palmettes. Les murs latéraux comportent de grands arcs aveugles brisés, recoupés par une arcature en plein cintre.

    Le clocher carré, ci-dessous, est l'un des plus réputés du Bourbonnais. Il comporte deux étages. Le premier est orné sur chaque face de trois arcs en mitre aveugles, portés sur des colonnettes. Le second est ajouré de deux ouvertures semblables sous un arc commun en plein cintre. Une flèche de pierre du XIVème siècle couronne l'ensemble. De forme octogonale, elle est composée de soixante-neuf assises, et ses arêtes sont adoucies par des boudins.

    Le portail ci-dessous s'ouvre dans un avant-corps à deux rampants et est marqué par deux influences. Ses larges pilastres cannelés, ainsi que ses chapiteaux ornés de rinceaux et d'oiseaux sont significatifs du style Bourguignon, alors que le tympan, avec son linteau en bâtière, est directement issu de l'art Auvergnat. Des traces de peinture du XIIIème siècle apparaissent encore dans les zones les moins exposées aux intempéries, entre les colonnes des archivoltes.

    Il est sculpté d'une gloire en amande contenant jadis un Christ bénissant et soutenue par les archanges Michel et Raphaël, dont les noms sont gravés dans les limbes, au-dessus de leur tête. De chaque côté, des lampes, rondes à la droite du Christ et de forme irrégulière à sa gauche, sont pendues à de petites arcades. Doit-on y voir le signe de la perfection et de la plénitude du côté droit (dextre) et celui du pêché du côté gauche (senestre)?  Au-dessus des arcades figure un décor de damiers au côté de Saint-Michel et d'écailles au côté de Saint-Raphaël, dans lequel apparaissent des clochers d'églises. Au bas du linteau figure l'inscription "cuncta deus feci homo factuscunctarefeci" qui peut être traduite par "Dieu a fait toute chose, Dieu fait homme a restauré toute chose", traduisant la rédemption après le péché originel et par la venue du Christ. Cette phrase est suivie de l'inscription "Natalis me fecit" (Noël m'a fait), est probablement la signature de l'artiste, rarement indiquée à l'époque.

    La mandorle est surmontée d'un petit dais en mitre que l'on ne trouve qu'en quelques rares exemplaires sur les édifices romans Français. Sous ce dais, se trouve une inscription "penasreddo malis praemiadonobonis" que l'on peut traduire par "je rends aux méchants leurs châtiments, je donne aux bons leurs récompenses".

    Le tableau ci-dessous est intitulé "La Descente de Croix" ou "La Lamentation sur le Christ mort", et est une peinture sur bois (82 x 135 cm) de la fin du XVème siècle. Ce tableau, au paysage rappelant le bocage bourbonnais et votif de l'école Flamande, est peut-être l'oeuvre de Jean Perréal, peintre de la fin du XVème siècle. Au centre de la scène, au pied de la croix qui occupe le centre de la composition, la Vierge de pitié contemple avec affliction le corps du Christ étendu à ses pieds. De part et d'autre se trouvent les donateurs et leurs patrons. D'un côté, saint Jean l'Evangéliste soutient le buste du Christ. Derrière lui, un donateur est à genoux, suivi de sa fille et de sa femme, présentées par saint Jean-Baptiste et sainte Catherine, peinte sous les traits d'une reine et dont le costume est magnifique. De l'autre côté, sainte Madeleine en prière est accompagnée d'un second donateur et de sa famille. Le mari est présenté par saint Jérôme, la femme par sainte Marthe. Les quatre enfants sont figurés sans patron, tous petits. Les donateurs peuvent être Claude de Dreuille, seigneur d'Issards, et sa première épouse Catherine Vigier, d'une part, leur fils Claude et sa femme Jeanne de Gouzolles, qu'il épousa en 1493, d'autre part. Classé Monument Historique en 1902.

    Au sud de l'édifice, sous forme d'une absidiole légèrement désaxée par rapport au choeur, se trouve la chapelle de la Sainte-Vierge, bâtie par les moines du Montet à la fin du XIème siècle ou au tout début du XIIème siècle. Elle fut de tout temps placée sous la protection des seigneurs d'Issards, les Murat puis les Dreuille, qui y possédaient leurs sépultures. Les deux vitraux qui éclairent aujourd'hui cette chapelle, offerts au XIXème siècle par la famille Dreuille en remplacement de ceux détruits par la tourmente révolutionnaire, rappellent cet attachement séculaire.

    En vis-à-vis de la chapelle de la Vierge, de l'autre côté du choeur, se trouve la chapelle Saint-Joseph, élevée en 1868 pour soutenir la voûte du choeur qui menaçait de s'effondrer. Elle remplaça un petit bâtiment qui servait jusqu'alors de sacristie. Sur le mur ouest de cette chapelle se trouve la plaque de fondation de messes de Jacques de Dreuille, qui avait tenu avant sa mort en 1730 à assurer des revenus à l'église en gravant dans la pierre les différentes messes que son père et lui-même avaient fondées contre des offrandes perpétuelles. Cette plaque se trouvait à l'origine au-dessus du banc d'Issards (situé à gauche dans le choeur, en regardant l'autel), sous lequel se trouve le ,caveau voûté de Jacques de Dreuille. Elle a été déplacée dans la chapelle Saint-Joseph en 1868 après l'ouverture des baies entre le choeur et cette chapelle. En face du banc d'Issards se trouve le banc du Plessis.

    L'autel a la particularité de représenter Moïse avec des cornes, qui sont en réalité une erreur d'interprétation de la Vulgate traduite par Saint Jérôme. Les versets Hébreux mentionnent à trois reprises l'expression "karan or panav" (la peau de son visage était rayonnante). Mais, Saint-Jérôme a traduit "cornuta esset facies sua" (son visage était cornu). Il a été victime d ela proximité phonétique entre les mots Hébreux "karan", rayonner, et keren, corne. Dans le texte Hébreu, il n'y a pourtant pas la moindre ambiguïté, car les versets emploient à trois reprises le même verbe, rayonner, et non un substantif qui pourrait être traduit par le mot cornes. Lorsque la Bible veut parler de cornes, comme en Lévitique 4:7 par exemple, "les cornes de l'autel", elle emploie le mot "karnoth". Enfin, dans la Septante version Grecque de la Bible, datant du IIIème siècle avant notre ère, rédigée en Alexandrie sous le règne de Ptolémée II, le verset en question est traduit: "la peau de son visage était chargée de gloire".

    Pas de trace d'un Moïse cornu. Cependant, il y a bel et bien un autre jeu de mots, relevé par le Midrach: le mot or, peau, évoque le mot or, lumière, dont l'orthographe hébraïque est très semblable, à une lettre près. Il figure dans la Genèse: le premier couple humain était revêtu de lumière, or. Hélas, ayant péché, ils causèrent la disparition de cette lumière originelle, et ne furent plus revêtus que de vêtement de peau, or...). Selon certains spécialistes, les Hébreux auraient bel et bien eu l'intention d'affubler Moïse de cornes, car les cornes symbolisent la force et sont souvent des attributs divins. Néanmoins, rien ne vient étayer cette idée. Au contraire, les cornes ne sont jamais des attributs divins, mais sont toujours associées à l'animalité. Quant à Moïse, il reste un homme, la Bible insiste sans cesse sur "l'homme Moïse", ha-ich Mocheh. Il n'y a aucun exemple de personnages mi-homme, mi-bête, du type satyre, centaure ou sphinx. La tradition Hébraïque a précisément en horreur tout ce qui peut rappeler l'animalité en l'homme.

    La statue de saint Roch est en bois polychrome datant du XIXème siècle. Elle est inscrite à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, tout comme la statue du Christ assis bénissant, statue en bois polychrome de la fin du XIIIème ou du début du XIVème siècle. Saint Roch était vénéré dans la paroisse (une bannière de procession est conservée dans l'église à son effigie) pour la protection du bétail.

    l'ancien prieuré saint-maurice (inscrit à l'inventaire des monuments historiques en 1933)

    En 1017 ou 1018, Ermengarde, l'épouse d'Archambault seigneur de Bourbon, aurait fondé le prieuré Saint-Maurice pour abriter les religieux malades. Rattaché à l'infirmerie de Souvigny, il dépend de ce prieuré jusqu'à la révolution. Vendu comme bien national en 1791, il est alors en partie démoli. Il a été restauré depuis.

    le château d'issards

    Durant la seconde moitié du XIIIème siècle, le propriétaire d'Issards est Jean de Dreuille et d'Issards. De cette époque, il ne reste aucun vestige, la construction actuelle date du XVème siècle. En 1569, Nicolas de Nicolay signale le château fort et la seigneurie d'Issards et, en 1686, Florent d'Argouges recense le fief d'Issards.

    L'ancienne chapelle, profanée par les Huguenots au XVIème siècle, est remplacée dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Pendant la révolution, le château est vendu comme bien national. En partie démoli, il est restauré et agrandi au XIXème siècle par l'architecte Moreau (photo ci-contre issue d'internet).

    C'est aujourd'hui une belle demeure à deux bâtiments en équerre, épaulé de tours circulaires ou carrées et de tourelles en poivrière coiffées, pour la plupart, de toitures coniques effilées, en ardoise. Les transformations de la Renaissance sont encore très présentes, dans de faux mâchicoulis et de nombreuses fenêtres à meneaux, à linteaux à accolade. Les lucarnes mêmes sont surmontées de pinacles et de frontons triangulaires à crochets. La tour a trois étages. A chaque étage, on trouve une chambre avec des toilettes à l'ancienne. L'une d'elles, dit-on, donna refuge aux amours de Louis XIV et de madame de Montespan. Le roi venait coucher à Issards et elle l'y rejoignait de Bourbon l'Archambault. En haut d'une des fenêtres, on distingue un soleil, emblème de Louis XIV. En tout, il y a quinze cheminées dont trois classées. Les douves sont encore en eau (photos ci-dessus et ci-dessous issues d'internet).

    la maison forte de boucheron

    Situé au coeur d'un domaine agricole, cet édifice est comparable à d'autres manoirs Bourbonnais et possède, comme eux, les éléments défensifs, utiles ou symboliques, que sont les tours et les bouches à feu. La tour présentée dans cet article se signale par sa hauteur, ses bouches à feu et les moulurations de ses encadrements. Bien que restauré, le bâtiment a conservé ses structures du XVème siècle. C'était à l'origine un long corps de bâtiment à un niveau, épaulé de deux tours circulaires aux angles, percées de canonnières et coiffées de toits coniques.

    Il comporte un corps de bâtiment rectangulaire, allongé d'ouest en est avec, à chaque extrémité, une tour circulaire. L'intérieur présente des encadrements de porte moulurés et une distribution permettant de situer la construction vers la fin du XVème siècle. Cette ancienne seigneurie est signalée aux XVIIème et XVIIIème siècles dans les titres du domaine du Plessis, auquel elle est rattachée. Le logis le plus haut résulte d'une surélévation plus tardive.

    le château du plessis (inscrit à l'inventaire des monuments historiques en 1928)

    En 1497, Jean Nicolas du Plessis obtient du duc de Bourbon l'autorisation de fortifier son manoir. Au XVIème siècle, l'ensemble est transformé en maison forte, puis en habitation de plaisance. Le corps de logis comporte deux étages, de deux salles chacun, et un niveau de comble. L'escalier se situe dans la tour carrée, en saillie. Les angles du corps principal et de la tour-escalier sont dotés d'étroites tourelles à toiture conique de pierre. Sur la façade opposée, un donjon aux murs épais est percé de nombreuses meurtrières. En 1569, Nicolay signale l'existence au Plessis d'un château, d'une seigneurie et d'une justice. Cette maison forte devient une habitation de plaisance au XVIIème siècle. Le château du Plessis connaît plusieurs propriétaires successifs. En 1890, le docteur Petit l'achète et le restaure.



    Deux tours rondes sont rattachées à l'ensemble du domaine du Plessis. Celle-ci est, à l'origine, une chapelle. L'autre est un pigeonnier. Elles encadraient autrefois un pont-levis aujourd'hui disparu, et sont les vestiges d'une enceinte que signale encore la végétation. En Bourbonnais, les constructions fortifiées ont un rôle beaucoup plus symbolique que défensif, et servent surtout à signaler qu'il s'agit d'une seigneurie possédant une justice. C'est le cas de ce château, dont les aménagements n'ont pas eu de fonction militaire. Néanmoins, le château a tous les attributs d'une véritable forteresse, avec un donjon aux murs épais, percé de nombreuses meurtrières, des mâchicoulis pour défendre l'entrée et de fines et longues tourelles qui renforcent les angles de la tour-escalier et du corps principal du bâtiment. Photos ci-dessus issues d'internet.

    le château de rimasoir

    Louis de Gaulmyn fait construire le château de Rimasoir en 1824. Il s'agit d'un corps de logis allongé, flanqué de pavillons rectangulaires. En 1897, une nouvelle construction est ajoutée, délimitée par deux tours en poivrière. Une pierre gravée, au-dessus de l'entrée, porte les armoiries de la famille. La régularité de la façade aux lucarnes classiques contraste avec l'aspect médiéval des deux tours rondes, coiffées d'un toit en poivrière. Durant la seconde moitié du XIXème siècle, le Moyen-âge est à la mode, et de nombreux châteaux sont construits et restaurés dans le style néo-médiéval. En Allier, l'architecte Moulinois Moreau réalise de nombreuses créations de ce type (photo ci-contre issue d'internet).

    le château des ardennes

    Ardennes (qualifiée en 1690 de "maison, terre et seigneurie d'Ardaine") est un logis datant du début du XVIIème siècle, dont était alors propriétaire Jacques de Dreuille. Photo ci-dessous issue d'internet.