chevagnes: la motte et la maison forte du tronçais

    Ce site a été fouillé en 2007, et appartient à la grande famille des fortifications de terre et bois. Les archéologues ont procédé à plusieurs études: celles de la date d'abattage du bois par l'étude des cernes, de la céramique retrouvée sur le site, des pollens retrouvés dans un des fossés, de la dynamique des comblements et des sédiments, des os d'animaux.

    Les deux premiers enclos forment un ensemble castral avec un château et une basse-cour. Apparu un peu à l'écart du bourg, peut-être au cours du XIIIème siècle, le statut castral et seigneurial du site a été confirmé par l'acte d'hommage que prête Guiot de Chandieu, écuyer, au duc de Bourbon en 1367 pour la motte de Tronçay.

    Sur le terrain, la motte était arasée. Seul subsistait le fossé périphérique de l'enclos, dessinant un tertre légèrement ovale de 35 mètres sur 30. La basse cour du château, bien visible, se poursuit dans le champ voisin. A partir du cadastre Napoléonien de 1810, il est possible de restituer une surface plane qui prend une forme de L, séparée des alentours par un fossé périphérique. Il est possible d'affirmer que cette surface était occupée par au moins un bâtiment. Cinq traces rectilignes correspondent à des solins de constructions, et il fut identifié un vaste bâtiment rectangulaire, sur solins et poteaux plantés dans les angles.

    Une des originalités du site est de posséder une fonction artisanale marquée, et d'être un centre de production  métallurgique où l'ensemble de la chaîne opératoire de fer est présente. Outre l'extraction du fer, sont représentées sa transformation dans les bas fourneaux, en passant par la production d'objets dans les forges.

    Dans la deuxième moitié du XIVème siècle, une maison fort, sur plate forme fossoyée,e s'implanta à vingt mètres de la motte. Ce deuxième ensemble est constitué d'un enclos circulaire principal, et d'une zone à fonction d'annexe artisanale non fortifiée. Cette maison forte ne remplace pas le château, et les deux sites fonctionnent ensemble.

    La plate-forme de la maison forte se présente comme un espace plan, de plain-pied avec le niveau extérieur, presque circulaire, comprenant un  large fossé périphérique. L'espace central est occupé par vingt-sept négatifs de poteaux qui dessinent un bâtiment comprenant trois espaces contigus, disposés selon un axe perpendiculaire à celui du pont d'accès. S'ajoute à la pièce principale une pièce ouvrant sur le pont-levis. Le plan global est très symétrique, donnant l'impression d'une seule campagne de construction. La succession des couches de terre, au centre de l'enclos, confirme une occupation courte, avec seulement deux sols d'occupation, en terre argileuse plus ou moins tassée, témoignage d'un aménagement rudimentaire.

    La défense de la maison forte est assurée par plusieurs éléments  qui en font un élément militaire, défensif, dissuasif et efficace, d'abord par son fossé large et profond, ensuite par une barrière pivotante et un pont-levis, et enfin par une levée de terre qui forme un rempart.

    Dix-sept poteaux en chêne taillés en pointe et plantés au fond du fossé constituaient la base du pont. Ils étaient complétés par quatre négatifs de poteaux retrouvés dans la partie centrale de l'enclos, qui permettaient de faire la liaison avec le bâtiment qui en occupait le centre.

    Cette passerelle se développait sur douze mètres, et était constituée d'un pont dormant et d'un pont-levis. Du côté extérieur, le pont dormant à tablier fixe est clôturé par une barrière à contrepoids pivotant. Du côté intérieur, l'aménagement est formé d'un pont-levis à flèches et à contrepoids. L'édifice est entièrement réalisé en bois, avec des assemblages à tenon et mortaise, ou à mi-bois sans aucune pièce métallique. Le pont d'accès fut probablement construit l'hiver 1359/1360, et la maison en automne/hiver 1360/1361.