garnat: la légende des boeufs

    Les textes sont issus de l'ouvrage "L'Illustre Saint-Germain", par G. Giraud (1936 - Moulins - Les imprimeries réunies)

    Il a été amicalement transmis par Madame COUTAN Marie-Claire, et le texte présenté ci-dessous est retranscrit dans son intégralité, et dans sa version originale.

    A Garnat, la tradition locale, sans doute estompée à la suite des siècles, et transmise oralement, demeure néanmoins très vivace chez les plus anciennes familles de la paroisse. Pour attester le passage de Saint-Germain à Garnat, en plus de la continuité ininterrompue de l'itinéraire qui constitue un vrai document, nous avons: la fontaine qui porte son nom, à laquelle se rattache intimement la légende des deux boeufs de robe rousse; puis son patronage sur la paroisse.

    L'ensemble historié de cette fontaine offre une note sûre. Son emplacement possédait, avant la construction du canal, une grotte profonde qui en faisait, avant le christianisme, un lieu de culte païen. La population l'a toujours entourée de vénération, attribuant à ses ondes des propriétés curatives, notamment contre la fièvre; actuellement encore, beaucoup de familles usent de cette eau avec un motif religieux.

    Autour de cette fontaine s'est greffée la légende locale des deux boeufs de robe rousse. Ils habitaient toujours les pâturages qui l'entouraient, où chaque cultivateur pouvait leur mettre le joug dès l'aube, mais non après. Ils ne pouvaient être utilisés que jusqu'à midi. La disparition de ces deux boeufs s'explique par l'audace d'un cultivateur trop avare qui voulut les retenir au travail après le temps fixé. "Que de Dieu, ou que de diable, aurait-il dit, jusqu'au bout iront avant l'étable". Depuis, les deux boeufs disparurent à tout jamais!

    Voilà une légende peu banale! C'est dans cette poésie, primitive comme le terroir, que la population d'alors, subjuguée par le saint, traduisit ou stylisa les faits en empruntant à sa vie quotidienne les images de son langage. En ce temps-là, les âmes vibraient et chantaient; de nos jours, elles se taisent, matérialisées et sombres comme une époque de désespérance! Connaissant les moeurs de Saint-Germain, comme nous les a apprises son historien Constance, il est facile de faire l'application de cette légende locale.

    Les boeufs, symbole de puissance matérielle, représentent ici l'irrésistible ascendant de saint-Germain; leur robe de couleur rousse représente la robe de bure du saint et de son principal compagnon; l'aube marquant l'instant pour lier les boeufs sous peine de ne pas les trouver, indique la coutume du saint de se mettre en route au petit jour; et l'heure de midi fut l'heure du départ du saint vers Germancy (Decize), où il traversa la Loire.

    C'est en raison de cette légende que la dédicace de cette fontaine présente un véritable souvenir historique, auquel il est impossible d'opposer les autres dédicaces de fontaines, par exemple, celle jadis au bas de Seguin et celle de la Forge de Saint-Martin-Des-Lais, portant le nom de Sainte Radegonde, morte en 587, à Poitiers.

    Ces deux faits: continuité ininterrompue de l'itinéraire du retour de Germain de Brioude à Auxerre, et légende populaire locale dont la signification est très claire, démontrent que notre saint Patron a réellement passé à Garnat en 435, date reçue.

    quelques anecdotes.......

    Il y a maintenant bien longtemps, des enfants jouaient dans une grotte, dont l'ouverture correspondait au diamètre d'un gros tonneau. Elle donnait sur la Fontaine. En explorant cette caverne, les enfants perdaient respiration, et faisaient usage d'une très longue gaule pour en sonder la profondeur, sans jamais être parvenus à toucher la paroi du fond.

    De même, à l'époque de la construction du canal, on fit remarquer à un terrassier qu'il pouvait facilement éviter une trop grande détérioration de la fontaine. Ce dernier répondit: "Attends! Ton bon saint Germain, on va le décrotter"! Il se mit à l'oeuvre au-dessus de la fontaine. A peine avait-il commencé le travail, qu'un éboulement le tua net. On emporta le corps sur une brouette. En fait d'inhumation correspondant peut-être à cet accident, les registres portent: "le 02 octobre 1835, eurent lieu les funérailles de Laurent Bidaud, âgé de 35 ans, journalier en cette commune". C'est le seul dont le domicile ne soit pas mentionné.