la grande histoire des bourbons

    Le Bourbonnais brille par son patrimoine. Il est le second département de France, après la Dordogne, le plus fourni en châteaux et églises romanes. Une très importante partie de ce trésor provient de l'emprise de la famille de Bourbon sur ce territoire. Les Bourbons sont nés en plein coeur du Bocage Bourbonnais, dans ce qu'on appelle de nos jours le "triangle des Bourbons": Souvigny, Bourbon-l'Archambault et Moulins.

    La famille de Bourbon est née à Bourbon-l'Archambault. Toute sa puissance trouve son origine dans cette commune, qui a d'ailleurs donné son nom à la famille. C'est ici que les seigneurs de Bourbon ont commencé à gravir les échelons jusqu'à accéder à la royauté avec Henri IV.

    A partir de cette période, cette famille a construit son domaine à la force de l'épée, mais aussi avec l'intelligence des mariages, et une certaine fidélité au roi de France. La seigneurie ou "sirerie" de Bourbon est devenue en 1272, par alliance, un bien d'une branche cadette de la maison royale de France.

    Photo ci-contre: château de Bourbon-l'Archambault.

    Aymar ou Adhémar est le premier seigneur de Bourbon connu. En 913, le roi Charles le Simple lui octroie, en récompense de sa fidélité, plusieurs terres situées en Berry, en Auvergne et dans l'Autunois. Son fils, Aimon, acquiert le château de Bourbon, et devient à ce titre le premier seigneur de Bourbon. Il est impossible de définir si ce bien est acquis par les armes ou par mariage. Avec l'acquisition de ce château, les sires de Bourbon deviennent les seigneurs les plus puissants entre le Cher et l'Allier.

    La lignée des Archambault de Bourbon, apparue dès 959, va se perpétuer jusqu'en 1249, le temps d'asseoir l'autorité féodale sur un territoire de plus en plus vaste qui représentera, à la fin du XIIIème siècle, l'essentiel du département de l'Allier actuel. Les Bourbons sont de tout temps serviteurs du trône. Ils sont des conseils des rois en exerçant diverses fonctions: chambriers, connétables, régents. Cette alliance constante et fidèle facilite l'essor et la prospérité du Bourbonnais.

    Le blason ci-contre, des premiers Bourbons sires d'Archambault, ne possède pas la fleur de lys. Il a fallu trois cent ans à cette famille de mariages et de prises de possession pour se rapprocher de la famille royale.

    Parmi ses membres les plus prestigieux, Archambault le Fort régna plus de cinquante ans. Il renforça la présence des Bourbons en Auvergne en restant fidèle à la royauté, notamment en rempart face à l'Aquitaine, aux premiers frémissements de la Guerre de Cent Ans. Il part à la troisième croisade avec Philippe II Auguste. Celui-ci remarie la fille d'Archambault, Mathilde, avec Guy de Dampierre, maréchal de Champagne, un de ses fidèles, en 1196. La deuxième maison des Bourbons est créée.

    La fleur de lys entre dans les armoiries des Bourbons en 1327. La position géographique du Bourbonnais, situé entre le domaine royal et les duchés d'Aquitaine et d'Auvergne, intéresse particulièrement le pouvoir royal. Fidèles alliés de la couronne de France, les Bourbons voient leurs terres promues au titre de duché par Charles V, en 1327, distinction rare à l'époque. Cette dernière se concrétise par l'alliance de Béatrix de Bourbon et du sixième fils de Saint-Louis, Robert de Clermont, et marque une étape importante. Leur fils Louis sera le premier duc de Bourbon.

    Le duc Louis II de Bourbon décide d'installer la cour des comptes ducale à Moulins, faisant de la ville la capitale du duché de Bourbon. Elle va le rester jusqu'en 1532, date du rattachement du duché à la Couronne. Grand capitaine de son temps, ce prince sage servit avec fidélité la monarchie Française pendant plus d'un demi-siècle. Vers 1500, le Bourbonnais atteint son apogée sous Pierre de Beaujeu, et surtout son épouse, Anne de France, plus connue sous le patronyme d'Anne de Beaujeu. Le duché est alors le plus gros et le dernier des grands fiefs féodaux.

    Pierre de Bourbon
    Anne de Beaujeu

    Anne de France naquit à Genappe, en Belgique, en 1461. Fille aînée de Louis XI, elle est fiancée très jeune au futur duc de Lorraine qui meurt en 1473. Suite à ce décès, elle épousera en 1474 Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, de vingt-trois ans son aîné. A la mort de son père, elle prend la régence du royaume pendant la minorité de son frère, le futur Charles VIII. De 1483 à 1491, elle exerce la régence avec son mari, devenu duc de Bourbon en 1488 à la mort de son frère Jean II de Bourbon. Dotée d'un fort caractère, elle arrive à composer avec la noblesse au grand étonnement des princes, mettant notamment un terme à la Guerre folle (1485-1488) qui l'oppose aux Grands du royaume. Le Traité du Verger signé en 1488 par Charles VIII et le duc de Bretagne, et qui met fin à la Guerre folle, sera à l'origine du rattachement de la Bretagne à la France en 1532, le roi Charles VIII ayant épousé Anne de Bretagne. Pour couper court aux contestations sur la succession au trône, nées après le décès de son père, et fixer les termes de la régence, Anne de Beaujeu avait convoqué les Etats généraux à Tours en 1484. Pour préserver l'autorité royale, elle n'avait pas hésité, la même année, à laisser condamner et exécuter l'un des principaux conseillers de Louis XI, Olivier le Daim, accusé de prévarication.

    Installée à Moulins, la capitale du Bourbonnais, Anne de Beaujeu tint une cour presque royale, recevant Charles VIII et Anne de Bretagne, ainsi que de nombreux artistes de l'époque, tout en développant le mécénat. Elle meurt à Chantelle en 1522 et est inhumée dans le prieuré de Souvigny, auprès de son époux et de sa fille Suzanne (photo ci-dessus).

    Le palais Ducal de Moulins (photo ci-dessous) est agrandi dans le nouveau style à la mode découvert en Italie: la Renaissance. Femme de caractère, protectrice des arts, Anne de Beaujeu s'inscrit pleinement parmi les personnages historiques qui ont façonné la France. A la fois femme politique et humaniste, elle affirma son féminisme dans des actions politiques qui permirent de maintenir l'unité du royaume. Le Maître de Moulins, peintre attaché à la cour des ducs de Bourbon, a représenté Anne de France sur un panneau de son célèbre triptyque de la cathédrale de Moulins (photo plus bas), ainsi que dans un diptyque exposé au Musée du Louvre à Paris.

    Les relations entre le duché indépendant et la royauté se détériorent sous François Ier qui n'a pas de bons rapports avec Charles III (photo ci-contre), le connétable de Bourbon. Lorsque ce dernier, à la suite d'intrigues de Louise de Savoie, la mère de François Ier, se voit dépouillé de tout, il tente de s'allier à Charles Quint. Mais, la manoeuvre échoue, et il doit s'enfuir.

    Charles de Bourbon est déchu de ses titres pour trahison et lèse-majesté. Sa fuite entraîne également la liquidation de tous les biens des Bourbons, apanages et patrimoine. En 1531, le duché de Bourbonnais est rattaché à la Couronne de France. Le Bourbonnais, réduit à son territoire d'origine, devient le plus souvent le douaire des reines mères, qui se contentent de percevoir leurs droits sans y habiter.


    Charles de Montpensier, le connétable de Bourbon, après avoir vaillamment servi le roi François Ier, se révolte contre lui. Sa mort consacrera en 1527 le rattachement de la grande féodalité de Bourbon à la France. Pour tenter une réconciliation entre protestants et catholiques, Jeanne d'Albret et Catherine de Médicis décident de marier leurs enfants, Henri de Navarre et Marguerite de Valois.

    Les catholiques profiteront du rassemblement des protestants pour les noces à Paris, pour ordonner le massacre de la Saint-Barthélemy la nuit du 23 au 24 août 1572. Henri de Navarre, devenu roi de France sous le nom d'Henri IV en 1589, et voulant assurer sa descendance, fera annuler le mariage en 1599, et épousera Marie de Médicis en 1600.


    Lui succèderont Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe. Les Bourbons poursuivront également l'exercice du pouvoir royal: en Espagne avec une monarchie constitutionnelle très active, dans le duché du Luxembourg, siège d'une famille encore régnante, et dans celui de Parme où règnera quelque temps le père de Zita, éphémère impératrice d'Autriche à l'aube tragique de la première guerre mondiale.