les pions, irréductibles de lavoine

    Marie Barraud, mère de huit enfants et veuve, est retournée vivre chez son frère Albert. Quand le recors d'huissier Gilbert Piat entre dans l'habitation après avoir forcé la porte, elle et sa soeur lui assènent plusieurs coups.Marie Barraud est accusée d'avoir saisi un maillet en bois pour frapper Gilbert Piat, qui meurt des suites de ses blessures. Accusée d'homicide, elle est interpellée. Quant à sa soeur Antoinette, elle fuit et se cache dans les Bois-Noirs que les Pions connaissent par coeur.

    Après avoir été entendue par un juge à La Guillermie, Marie Barraud est escortée pour retourner à sa prison de Ferrières-sur-Sichon, qui à l'époque, est un bourg de taille importante. Dans le Bois Paraud, au croisement entre le chemin vers Béchemore et le hameau "Chez Pion" et celui du Mauchant, le fils aîné de Marie Barraud, Sapinot, et les Pions n'hésitent pas à attaquer le brigadier Dubrest et ses hommes pour faire libérer la prisonnière. Des coups de feu sont tirés sur la maréchaussée et font deux blessés. L'un des tireurs identifiés est Le Couchat, un membre des Pions qui avait la particularité d'avoir un pouce coupé.

    En 1764, le peuple n'est plus aveuglément obéissant aux seigneurs. Il y a notamment des émotions frumentaires contre ceux qui sont accusés de spéculer sur le grain. Cette attaque contre les forces de l'ordre a un retentissement important. L'affaire est portée à Versailles jusqu'au Conseil du Roi. On peut penser que le roi Louis XV et son ministre, le duc de Choiseul, aient voulu faire des Pions un exemple. D'autant plus qu'en Auvergne, il y a des rébellions régulières contre l'autorité publique. Une lettre patente royale du 15 mars 1764 ordonne un châtiment rapide de ces rebelles.

    Après avoir entendu les témoins de l'enlèvement, les juges identifient 33 rebelles. trois brigades de gendarmes et des grenadiers sont chargées de les arrêter. La première vague d'interpellations a lieu au hameau "Chez Pion" au petit matin. Un habitant se dissimule dans une meule de paille et se laisse traverser la cuisse sans un cri par le sabre d'un dragon. Le meneur Sapinot, quant à lui, réussit à s'échapper. mais il sera arrêter lors d'une deuxième vague d'interpellation avec Le Toin et Le Couchat.

    Les interrogatoires des premiers inculpés s'échelonnèrent du 25 mars au 08 avril. Quand on demande aux Pions leur nom, âge et profession, ils ne savent pas quoi répondre. A Moulins, la sentence est rendue le 20 septembre 1764. Le Couchat, Le Toin, Sapinot Laurent Barraud et Simon Devernois sont condamnés à mort. Le pouvoir royal a dû estimer la sentence trop clémente car un procès en appel a lieu au Parlement de Paris. Les Pions sont envoyés à la Conciergerie. les conditions d'emprisonnement sont si terribles que Laurent Barraud y laisse la vie.

    Après neuf mois dans les cachots de la capitale, ils sont quinze à être jugés à partir du 02 juillet 1765 pour "rebellions à justice". Leur acte est même considéré comme un crime de lèse-majesté car ils s'en sont pris à des membres représentant l'autorité royale. Le Couchat, Sapinot et Le Toin sont de nouveau condamnés à "être pendus et étranglés jusqu'à ce que mort s'ensuive". Quant à Simon Devernois, il est condamné aux galères à perpétuité. Marie Barraud mourra à quatre-vingt-dix ans.

    Il semble que cette affaire n'a pas assagi la communauté rebelle. En effet, les Pions se montrent hostiles à tout engagement dans l'armée après la révolution Française et au moment de l'Empire. Décidément, ce sont des irréductibles rebelles...

    le tacot de lavoine

    Les jours de pointe, le convoi comprenait une bonne douzaine de wagons, et cela créait des problèmes. Il fallait prévoir deux locomotives, une devant, une derrière. On ne peut pas dire que les conducteurs du train s'accomodaient avec aisance de ce bizarre attelage. Les départs en particulier donnaient lieu à des incidents, ponctués de jurons des employés de service. la machine de tête démarrait plus vite que celle de queue, ou bien c'était l'inverse. le convoi s'étirait de façon inquiétante, ou était brusquement comprimé entre les deux locos. Ce manque de synchronisation était devenu légendaire, et le moment du départ était attendu par les badauds comme une attraction.

    Le trajet Cusset-Lavoine prenait trois, quatre ou cinq heures pour quarante kilomètres, selon la forme manifestée par les chaudières et suivant la longueur des arrêts. Dans les rampes un peu rudes, le train se traînait lamentablement, calait parfois, repartait en crachotant comme il pouvait après avoir repris de l'élan et fait patiner avec rage les roues motrices sur les rails. Quant au retour à Cusset-Vichy, la plus large fantaisie présidait. Entre 6 et 9 heures du soir! Le problème dépendait principalement du départ de Lavoine, au sujet duquel l'imprécision la plus totale régnait. Les mauvaises langues affirmaient qu'une idylle était l'explication rationnelle de cet horaire arbitraire. Le chef de gare de Cusset, qui était un homme, aurait été amoureux du chef de gare de Lavoine, qui était une femme. le moyen le plus commode pour se dire leur tendresse était en somme le train. Pour honorer sa passion montagnarde, le fonctionnaire de la plaine accompagnait souvent le convoi, geste qui donnait à son penchant affectif une allure de conscience professionnelle.

    lavoine: vues pendant le circuit du montoncel

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