saint-gérand-le-puy: patrimoine

    voies romaines et vieux chemins

    Au sud-ouest de Saint-Gérand-Le-Puy, la vieille voie était surveillée par le piton coté 324, situé près du domaine de Montvernet. Ce sommet fut très probablement couronné d'une tour de signalisation. Près de ce point, il fut découvert des restes d'habitations antiques et un pavage de marbre. La voie Romaine passait au pied de l'éminence sur laquelle est construit Saint-Gérand-le-Puy (Sancti Girani in Podio (ecclesia) 1240). Le château occupe vraisemblablement la place d'un poste Gallo-Romain important. Au pied du Puy, près de la fontaine Saint-Martin, on retrouve encore des restes de villae que traverse la route venant de Saint-Germain-des-Fossés.

    Là s'éleva autrefois, un très vieux sanctuaire dédié à saint Martin, et qui était entouré d'une nécropole antique. On a également retrouvé à Saint-Gérand-le-Puy des restes d'hypocauste, des fragments de peintures sur enduits et des débris de mosaïque blanche et noire. Ce bourg, dont l'église du XIème siècle est dédiée à saint Julien de Brioude, joua à l'époque des sires de Bourbon, un rôle militaire important. Non loin de la voie Romaine, au-delà du ruisseau le Redan, se trouvait probablement la Commanderie de Redan, déjà mentionnée au XIIIème siècle, et qui devint membre de la Racherie.

    A partir de Saint-Martin, on peut penser que l'antique chaussée se dirigeait sur Guesdonnière, où se trouvait la poste aux chevaux, depuis deux siècles au moins, avant la rectification de la route en 1754-1757. La route qui passait à Guesdonnière et traversait Saint-Gérand n'est pas antérieure au XVème siècle. La tradition et de vieux actes nous apprennent que la voie Romaine suivait les coteaux qui bordent le Redan. Elle arrivait au pied de la motte de Périgny, près de la fontaine Saint-Pierre. Là, passait encore le garnd chemin de Paris à Lyon qui lui avait succédé.

    D'autre part, la voie secondaire de Vichy (Aquae Calidae) passait aussi par Saint-Gérand-Le-Puy, par le hameau de Saint-Martin. Lors de fouilles effectuées en ce lieu, pour la pose de canalisations d'eau, il fut recueilli de nombreux débris Gallo-Romains. Il existait à Saint-Martin deux piscines Gallo-Romaines superposées, près d'une source aux eaux très pures. Arrivée à Saint-Gérand-le-Puy, la vieille route traversait l'emplacement du bourg, suivant l'actuelle rue centrale.

    l'église saint julien

    L'église Saint-Julien était, à l'origine, la chapelle du château de Saint-Gérand-Le-Puy. Plusieurs éléments, dont une fenêtre de style roman primitif, permettent de dater sa construction du XIème siècle. Trois nefs romanes sont ajoutées par la suite. Au XIXème siècle, l'édifice fait l'objet de quelques modifications. L'abside est dotée d'un chevet plat, et de deux chapelles de forme rectangulaire sont élevées. Comme l'église de Langy, elle est éclairée directement au-dessus des grandes arcades. Le plan comprend quatre travées de nef anciennes et une travée occidentale moderne, flanquée de collatéraux. L'extérieur de l'église est très remanié également au XIXème siècle. Seules les corniches des murs latéraux du choeur, soutenues par des modillons sculptés, sont demeurées en place.

    Un clocheton est également ajouté au clocher roman carré. Ce dernier s'élève sur la travée orientale de la nef. Il est épaulé sur les angles par des contreforts plats terminés en talus. Il présente un étage roman, très remanié, percé de deux baies en plein cintre sur chaque face. L'église est inscrite à l'inventaire des Monuments Historiques depuis le 19 avril 1932.

    Construite au XIème siècle, la nef, en berceau contrebutée par les voûtes en quart de cercle des bas-côtés, est représentative de l'école Auvergnate. Par son plan rectiligne, son dénuement et son absence de sculptures, à la manière cistercienne, elle présente, comme vu plus haut, une parenté avec l'église de Langy.

    La voûte de la chapelle Notre-Dame, dans l'absidiole sud, a été décorée d'une peinture, organisée en médaillons circulaires à fond bleu et bordure blanche, reliés par des étoiles à quatre branches. Ces médaillons contiennent soit un texte: "Virgo Clemens", "Regina Sine", "Labe Concepta", "Mater Salvatorio", "Refugium Peccatorum", "Causa Nosta Laetitia", soit des symboles référencés: une rose, "Rosa Mystica", la fleur de la Vierge "Rose sans épine" car née hors du péché originel. la rose blanche est ici symbole de pureté. La Vierge: "Virgo Potens" ou Vierge toute puissante. Un pêcheur lève les bras sur un bateau ou "Consolatrix Afflictorum", allusion à la prière adressée à la Vierge: "Priez pour nous, pauvres pêcheurs". Enfin, deux adresses à l'église: "Auxillium Christianorum", une église "Domus Aurea" où l'on vient retrouver la Vierge. C'est donc une série de dédicaces et d'invocations qu'a voulu laisser le peintre, sinon le commanditaire dont l'on retrouve les initiales "M.A." à l'intérieur d'une étoile de liaison.

    On aperçoit, en l'honneur de David, une tour crénelée, "Turris Davidie", en souvenir de la prison où David avait été enfermé, et d'où il s'était enfui, aidé par sa femme Michol. Cet évènement est souvent rapproché de l'évasion de saint Paul, du haut des murs de Damas. De plus, dans la lutte contre les Philistins, qui avaient pris l'Arche d'Alliance (Foederis Arca), David tue Goliath et ramène triomphalement l'Arche à Jérusalem. Ces deux épisodes concernent la Vierge Marie qui, d'après les Pères de l'Eglise, descend de David et de Jessé son père. L'Arche d'Alliance contenait les "Tables de la Loi" et un vase d'or avec la manne et le bâton d'Aaron, frère de Moïse, à qui Dieu a donné la "baguette qui fleurit". Dans la tradition chrétienne, l'Arche d'Alliance symbolise l'Annonce faite à Marie.

    L'église offre une grande variété de décors peints superposés au fil du temps du Moyen-âge jusqu'au XIXème siècle. L'ensemble le plus visible est le plus récent. Il est constitué de frises, d'un faux appareil de pierres, de draperies et, sur une portion de voûte, d'une composition remarquable de croix Grecques et de cercles à fond bleu dans lesquels sont inscrites les litanies de la Vierge, accompagnées ou non de leur symbole (photos ci-dessus).

    A certains endroits où la couche supérieure de l'enduit a cédé, des décors plus anciens apparaissent, comme sur les photos ci-dessus, où semble apparaître un évêque. Des fenêtres ouvertes par des peintres-restaurateurs sous forme de petits rectangles ont été effectués à plusieurs endroits et montrent des couches picturales encore plus anciennes probablement médiévales.

    la commanderie hospitalière de redan

    La commanderie hospitalière de Redan était rattachée à la maison mère de La Racherie à Contigny. Ses domaines comprenaient des terres et des prés, mais aussi des étangs et des bois de futaie. Le commandeur de Redan ne possédait pas de dîmes, mais levait des rentes sur les paroisses dont il était seigneur. Son logis, probablement construit au XVème siècle, a fait l'objet de nombreux remaniements, notamment au XIXème siècle. La chapelle a disparu ainsi que l'essentiel des bâtiments.

    Cette seigneurie est attestée dès le XIIIème siècle. Elle appartient alors à une commanderie de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, et s'étend sur plusieurs paroisses, dont Saint-Gérand-le-Puy. Prospère jusqu'au XVIème siècle, la commanderie souffre énormément des destructions causées par les guerres de Religion. Deux tours d'angle munies de meurtrières adaptées à l'emploi des armes à feu, datant de la fin du XVème siècle, faisaient partie de l'enceinte fortifiée rectangulaire.

    le château de saint-gérand-le-puy

    Les premières mentions du château féodal de Saint-Gérand-le-Puy datent de 1200. Il a été bâti par les Bourbons, seigneurs de Bourbon-l'Archambault. A cette époque, le château s'étend sur tout le triangle formé par la place de l'église Saint-Julien et les deux rues qui y mènent. L'église en est alors la chapelle. Pendant la guerre de Cent Ans, alors que le sire de Saint-Gérand sert d'otage pour le roi Jean Le Bon en Angleterre, son château est incendié. Au XVème siècle, il passe par mariage à une grande famille du Forez, les Urfé.

    Le manoir est alors reconstruit par cette famille à l'emplacement des ruines de l'ancien château fort. C'est l'actuel corps de logis, de plan allongé, flanqué de deux tours du côté est, et d'une autre tour d'escalier à l'ouest. Au XVIIIème siècle, Jean-Claude Thimonet Des Gaudières, nouveau seigneur des lieux, fait apposer ses armoiries au-dessus de la porte. De nombreuses modifications architecturales sont opérées à partir de 1768. Pendant la révolution, le seigneur de Saint-Gérand est arrêté et exécuté.

    En 1804, le Pape Pie VII, en route pour le sacre de Napoléon, fait une halte à Saint-Gérand. Caroline Paris de La Bollardière, dame de Saint-Gérand, en fait don aux pères missionnaires du Sacré-Coeur d'Issoudun en 1873. Huit ans plus tard, ceux-ci le revendent à William de Saint-Gérand, neveu de la donatrice. Sur le portail ci-dessous, la date de 1768 y est inscrite et marque d'importants aménagements. L'accès à la cour est fermé par ce portail, afin de détourner le passage constant des villageois, habitués à couper court au pied du château pour rejoindre leurs terres. Le pigeonnier, présenté plus bas, est couvert de tuiles plates, et est de forme carrée, ce qui est peu courant dans la région. Au sommet, se trouve un lanternon en ardoise avec pigeon en faïence.

    le lavoir

    Le lavoir d'hiver est de forme dodécagonal, style rare, car il en existe seulement trois en France, et date du XIXème siècle. Il est construit en briques, pierres et bois. Il subsiste trois cheminées sur quatre, et la forme pentue du toit en ardoise permet de recueillir les eaux de pluie pour le lavage, tout en abritant l'espace situé autour du bassin. Les cheminées chauffaient le lavoir et fournissaient des cendres utilisées comme détergent pour laver le linge. La quatrième cheminée a vraisemblablement été remplacée par une porte.

    Le lavoir est doté en tout de trois portes. A l'intérieur, les poutres en bois surplombant les cheminées et les planches à laver ont disparu, puis ont été restituées dans le cadre de la restauration. Un second bassin utilisé pour la saison estivale, un petit bâtiment dépendant pour les lavandières, et des fils pour étendre le linge qui étaient situés aux abords du lavoir ont disparu. La richesse de cette architecture laisse à penser qu'il a été financé au moins en partie par une bourgeoisie nombreuse et aisée de la commune.

    Le "lavoir des quatre murailles", utilisé par les femmes habitant le bourg, constitue une expression du patrimoine ethnologique. Ainsi, le lavoir témoignait d'un savoir-faire qui disparût avec l'invention et la généralisation des appareils ménagers, dont la machine à laver, dans les années 1950-1960. Sa création a peut-être bénéficié, à travers une loi de 1851, d'une somme d'argent mise à disposition par l'état pour les communes n'ayant pas les moyens suffisants pour se doter d'un lavoir. Cette mesure s'inscrit dans la continuité des idées des Lumières et des théories hygiénistes du XIXème siècle, en faveur d'un développement de la salubrité publique.

    la demeure des payratons

    La demeure des Payratons, du nom de son ancien propriétaire, fut construite à la fin du XIXème siècle et présente la particularité de mêler les références à diverses époques, et d'avoir un plan original. Une grande importance a été donnée à la travée centrale par l'escalier, les deux colonnes, l'avancée du niveau supérieur et le balcon, ainsi que le prolongement au niveau du toit. De chaque côté de la maison, deux petites avancées sont couvertes en terrasse. Elle a adopté du XIXème siècle les lucarnes caractéristiques en oeil-de-boeuf. C'est un corps de logis de plan rectangulaire à deux niveaux et cinq travées, où l'avant-corps central retient l'attention: deux colonnes accompagnent l'escalier d'entrée et soutiennent la balcon à balustres de l'étage, alors qu'un fronton sommital est interrompu par une grande lucarne-fenêtre qui domine la toiture. Deux petites ailes en retrait épaulent les pignons et sont couvertes d'une terrasse à balustrade. Photo issue d'internet.

    l'ancien relais de poste de guédonnière

    Bien que n'étant pas une maison noble, Guédonnière fut l'ancien relais de poste de Saint-Gérand et, de ce fait, la charge en échut souvent à l'aristocratie locale. C'est une grande bâtisse quadrangulaire à un étage, avec un toit en croupe couvert d'ardoises, et ne présentant aucun décor particulier.

    la gentilhommière des prats

    La gentilhommière des Prats, de forme quadrangulaire, avec deux pavillons aux angles en retour d'équerre, prend l'allure d'un petit château moderne. Il a été construit au XVIIème siècle sur le lieu d'une exploitation de communauté.

    personnalité(s)

    James Joyce a séjourné un an à Saint-Gérand-le-Puy, au début de la seconde guerre mondiale, à partir du 24 décembre 1939. Né en Irlande, à Rathgar, dans le faubourg de Dublin, il est poète et romancier. Il est considéré comme l'un des écrivains les plus influents du XXème siècle. Il séjourne au château de La Chapelle situé sur la commune, en 1939-1940. Il se retranche dans l'isolement pour lire, discuter avec des amis et corriger les typographies de son livre Finnegans Wake.

    Il reçoit dans cette demeure Samuel Beckett, écrivain Irlandais comme lui, et Louis Gillet.

    Il rend également visite à Valéry Larbaud., qui fut son thuriféraire et premier traducteur Français.

    Il part en exil en Suisse, à Zurich, le 14 décembre 1940, où il meurt en 1941, à l'âge de 58 ans. Il y repose avec sa femme et son fils.

    Pour célébrer ce passage, la commune fonde une bibliothèque et un musée James Joyce (photo ci-dessous). Ce dernier avait ses habitudes à l'hôtel de la Paix à Saint-Gérand-le-Puy (photo plus bas).