sanssat

    Superficie de 840 ha - Altitude de 249 à 367 mètres - 263 habitants environ.

    Le territoire accidenté de Sanssat est occupé depuis la préhistoire, notamment au Néolithique et à l'âge de fer. La présence de quelques grottes s'ouvrant dans de petites parois calcaires était propice à l'installation de peuplements primitifs. En plusieurs emplacements, il fut découvert quelques silex et morceaux d'os taillés, des débris de poteries et des traces de foyers à différents niveaux successifs. De même, furent retrouvés des morceaux d'ossement d'animaux identifiés tels que le cheval, le mammouth, le renne ou le sanglier, ainsi que quelques squelettes humains en posture d'inhumation.

    Située à proximité du chemin allant de Sanssat à Langy, la grotte dite de Lachenaud, ci-dessous, a été découverte en 1921. Son ouverture, très basse et proche du sol est située sur une butte. A partir d'un court vestibule, se développe une galerie circulaire d'une quinzaine de mètres de longueur, dans laquelle un homme de taille moyenne peut marcher à peine courbé. L'endroit a été aménagé: à gauche, un petit réduit a été creusé, et à droite, une niche forme un âtre surmonté d'un conduit de fumée. Cette grotte préhistorique a été occupée à diverses époques, notamment au Néolithique. Aujourd'hui, elle est habitée par des chauves-souris d'une race unique en Europe (photo issue du livre "le patrimoine des communes de l'Allier," page 1054).

    Durant l'époque Gallo-Romaine, le territoire de Sanssat appartenait à la cité Averne, dirigée depuis Augustonometum (Clermont-Ferrand). Une voie Romaine importante reliant Roanne à Varennes-sur-Allier, passait à proximité. Cette époque a laissé des traces, dont les restes d'un mur de clôture d'une villa, des morceaux de poteries, et quelques bijoux. D'ailleurs, l'origine du nom de la commune viendrait de Santiaco (villa Gallo-Romaine, grande ferme d'un guerrier au service des rois ou de moines du palais) ou bien de l'anthroponyme Gallo-Romain Santuis.

    La période Carolingienne apporta une nouvelle organisation administrative, et le territoire de Sanssat dépendait alors d'une "Centaine", d'une "Viguerie" du comté de Bourges. Puis les invasions Normandes et Magyares apportèrent misère et désolation, ce qui provoqua des déplacements de population. A cette époque, la Motte des Tureaux joua probablement un rôle de refuge protecteur lors d'attaques, ce qui permettait le maintien d'une vie alentour. Le tureau désigne un coteau calcaire qui est en général une butte-témoin des anciens niveaux sédimentaires, que l'érosion a dégagés peu à peu des dépôts les moins résistants.

    Par son emplacement stratégique, le tureau de la Motte, ci-dessous, a vraisemblablement été le siège du fief de Montrond. Son niveau supérieur a pu constituer un lieu de vigie idéal durant le Moyen-âge, d'autant que trois niveaux successifs en restreignent l'accès et permettent une meilleure défense. Au sommet, un effondrement laisse penser à l'existence possible d'une réserve d'eau qui pourrait indiquer la présence d'anciens aménagements. Pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais envahirent le pays et occupèrent des places fortes pendant que des bandes de brigands, les "routiers", pillaient et tuaient, semant le désordre dans la vie et les productions des populations locales. Le tureau de la Motte dû parfois reprendre du service.

    Sanssat était aussi  l'ancien fief de la maisonnée Des Granges, jusqu'au XVIIIème siècle. Leur manoir, ci-dessous, dont il ne subsiste qu'un escalier monumental, a été construit sur ces terres. Le bâtiment principal à deux niveaux, de forme quadrangulaire, est accosté aux angles par deux tours rondes coiffées de toits coniques. Une troisième tour, plus basse, est prise en oeuvre au centre de la façade. Quelques constructions en prolongement ou en retour d'équerre complètent cet édifice du XVème siècle, qui a subi quelques remaniements au XVIIème siècle.

    Au cours du XVIIIème siècle, les trois familles nobles qui habitaient sur la commune ou qu'y détenaient des domaines perdirent leurs biens et leurs titres. Edouard des Escures et Tonnelier des Angles virent leurs biens saisis et vendus aux enchères, avant d'émigrer. Les de Berthet avaient vendus leurs biens quelques années avant la Révolution, et échappèrent ainsi aux tourments de la justice. Ces biens avaient été vendus à Claude Noailly, et c'est donc à cette époque que ce nom fait son entrée sur la commune. En 1833, la petite commune de Saint-Allyre disparut, et fut partagée par décision préfectoral entre ses voisines Saint-Gérand-le-Puy et Sanssat. Ci-dessous: poids public et motte de Montvernet.

    De l'ancienne et modeste église romane, subsistent sept chapiteaux de petite taille éparpillés sur la région. Ceux-ci avaient été sculptés dans du calcaire à phryganes de la région, et représentent, dans un style assez simple, des animaux, personnages, arbres ou motifs géométriques. Ils furent longtemps entreposés dans le jardin du nouveau presbytère.

    Cette église fut construite à la fin du XIème siècle. Elle comportait une nef à trois travées, un choeur à chevet plat vouté d'ogives, et un clocher carré. Petite et assez vétuste, elle a été détruite en 1895, sur ordre de Monsieur Ernest Noailly, alors maire de la commune, qui avait lui-même financé la construction de la nouvelle église.

    Tous les bâtiments en pierre de taille du bourg datent du XIXème siècle. Ils ont été bâtis grâce à la famille Noailly, propriétaire du domaine du Thiellat, qui était la plus importante seigneurie de la paroisse. L'ancien presbytère, ci-dessous, est un édifice contemporain de l'église. C'est un bâtiment spacieux, composé d'un corps de logis en forme de grand pavillon aux lignes harmonieuses, et d'une aile en retour d'équerre, à l'intérieur d'une cour fermée. Un retour au classicisme est volontairement recherché, avec l'emploi d'un chaînage d'angle en pierre blanche bien marqué, de baies en plein cintre qui se  détachent de la façade, et d'un fronton triangulaire à oculus.

    Une partie de l'école, attenante à la mairie (photo ci-dessous), a été construite sur un terrain donné par Paul Noailly. Le style de ce bâtiment est proche de celui du presbytère. En effet, ces deux constructions possèdent en commun un chaînage bien marqué, et un fronton encadré par deux médaillons au-dessus de la porte, qui révèlent un même goût pour l'antique. Photos plus bas: ancien lavoir.

    Construit par Ernest Noailly à la fin du XIXème siècle, l'hospice Sainte-Marie, ci-dessous, bénéficia de moyens de construction et d'aménagement de qualité, destiné à y rendre la vie plus confortable pour les personnes âgées qui devaient y loger. Les Soeurs Chrétiennes s'occupaient du quotidien des résidents. Toutes les huisseries et les parquets des chambres étaient en chêne. Les sols des salles d'accès commun étaient carrelées avec les carreaux à motifs colorés répétitifs caractéristiques de l'époque, et qui se trouvent également dans les allées de l'église.

    Cet hospice a été conçu sur un plan éclaté, en différents corps, reliés par des galeries. Un bâtiment central était occupé par tous les services d' administration et de gestion, ainsi que par une chapelle, à l'étage. Quatre pavillons étaient reliés au bâtiment central par des galeries couvertes et vitrées. Elles étaient divisées en autant de petites chambres de 8 à 10 m2, où logeaient les pensionnaires. Ces derniers pouvaient se rendre de plain-pied au bâtiment central où ils prenaient leurs repas et recevaient des soins.

    Les sous-sol occupent une grande partie de la surface des bâtiments. Trois chaudières massives, une sous chaque bâtiment, étaient en brique et, à combustion de charbon. Elles permettaient d'assurer le chauffage et la production d'eau chaude. Le chauffage était assuré par une circulation d'air chaud dans des gaines, d'abord dans le sous-sol, en un plan rayonnant, puis remontant dans les aprois vers des bouches munies d'une grille de fonte et d'un système de réglage de débit par volets inclinables.

    Ce système, à l'époque très novateur, choisi certainement pour ses vertus hygiénistes de renouvellement d'air, était vraisemblablement coûteux à faire fonctionner en hiver. Ce choix technique audacieux, ainsi que le plan des lieux, à forte dispersion énergétique, a certainement dû être un frein pour poursuivre cette activité.