thiel-sur-acolin: patrimoine

    voies romaines et vieux chemins

    La route antique de Bourges (Avaricum) à Autun (Augustodunum) passait par Thiel (Sitillia), où "on a retrouvé dans plusieurs endroits un empierrement qui paraissait être le statumen de la voie primitive". L'ancienne route, à partir de Bouquerot (commune de Montbeugny), passait par le Rempart et les Bardettes, où l'empierrement primitif aurait été retrouvé, puis elle rejoignait la route actuelle après la traversée de l'Huzarde.

    D'après l'ancien cadastre de Thiel, le chemin passait en bordure nord des domaines des Jandelins et de la Forterre, puis au sud des Millets, pour se diriger sur le Péage. Plusieurs mottes flanquaient ce vieux chemin: les deux mottes du bois Menuisier, à 300 mètres du domaine de la Forterre, une troisième en bordure ouest de ce domaine, et les petites mottes au nord-ouest des Millets.

    Le Péage a toujours été considéré comme un camp Romain. De forme rectangulaire, il occupait plus d'un hectare. Il était entouré d'une levée de terre et de marécages transformés au XIIIème siècle en étang, dit de la Pierre. Comme son nom l'indique, un droit de passage y fut perçu à une époque indéterminée. Lors de la destruction des retranchements  qui touchaient à l'Acolin, il fut trouvé au Péage des matériaux et des monnaies Romaines. Le chanoine Clément, dans ses notes, situe à l'est de l'église de Thiel, un tronçon reconnu de la voie Romaine.

    De Thiel pour atteindre Autun, il était plus simple, et plus économique de ne traverser qu'un cours d'eau. Dès lors, le tracé de la voie Romaine, de Thiel à Digoin, devait peu s'écarter de celui des routes actuelles (D12, N480 et 488), mais ses vestiges ont disparu.

    Jusqu'à Dompierre, elle devait suivre, un peu au sud, la D12, passant par la Meillère (parcelle au sud du château de la Motte), et sortait de la commune au Tureau-des-Puits. Elle continuait ensuite sur Chancoulon, puis s'infléchissant au sud-est, gagnait Dompierre par le sud des Berlus, la Chapelle, les Communes, et la Croix-de-l'Artichaud.

    Quant à la voie de Bourbon-Lancy, abandonnée depuis longtemps, elle devait continuer sur le moulin de la Fin et Tricoule, eu suivant le chemin porté sur la carte d'Etat-Major. Ce chemin, au sud du domaine des Taniers, est très large, et l'ancien cadastre indique, sur sa bordure nord, les Grandes Chaumes du Grand-Chemin, et la terre du Poirier-Rouge.

    Au-delà de Tricoule, il se dirige, d'après l'ancien cadastre de Thiel, sur le sud des domaines des Guillots et des Guillemins, sous le nom de rue Bourbon. Cette rue est bordée par le "Tureau de la rue Bourbon", terme qui désigne bien souvent une levée pouvant marquer le passage d'une ancienne voie. Celle-ci continuait sur la borne de Tréfou (borne itinéraire?), qui était située entre les Perriaux et Tréfou (trivium?), toponymes routiers, puis par Beaulon.

    le château de la fin

    Le site de La Fin est supposé devoir son nom à la limite de l'ancien  pays des Eduens et des Arvernes. Il fut constitué par le regroupement de trois seigneuries primitives, dont les sièges étaient installés sur trois mottes féodales. La motte de La Fin-Baron où existait un château primitif qui, en 1554, avait disparu, et la motte féodale ne portait plus que l'ancienne chapelle seigneuriale.

    La motte de La Fin-Fourchaud, dont la seigneurie appartenait en partie en 1343 à Pierre Calbrun, chevalier, conseiller du duc de Bourbon. En 1435, Jean de Bertine, issu des seigneurs de La Fin, laissa la seigneurie à sa fille Alix, qui l'abandonna à Jean Mareschal, écuyer, seigneur de Fourchaud et des Noix (René Germain, châteaux en Bourbonnais, page 93).

    La motte de La Fin-Rabotin fut la plus importante, et une famille de chevaliers s'y installa dès le XIIIème siècle, pour y demeurer jusqu'au début du XVIème siècle, mais elle n'avait conservé qu'une partie du domaine, et vivait le plus souvent dans son château de Beauvoir ou à Cindré (René Germain, châteaux en Bourbonnais, page 93).

    Ce domaine fut le berceau d'une famille chevaleresque, mentionnée dès le début du XVIIIème siècle. Antoine de La Fin rend aveu de son fief en 1505. La propriété fut ensuite vendue à Jean de Marconnay, lieutenant pour le roi, qui, en 1562, sauva Moulins des Huguenots.

    Les maisons seigneuriales, abandonnées depuis longtemps, furent remplacées en 1871, par un château moderne, où l'alternance de la brique rose et de la pierre blanche, souligne angles et encadrements. Le corps de logis, de plan rectangulaire, à deux niveaux et niveau de combles, reçoit sur les angles, deux pavillons carrés dissymétriques en retour d'équerre. Le plus important, à quatre niveaux, écrase par son volume, l'ensemble de la construction. Le second, plus petit, à trois niveaux, pris en oeuvre, forme avant-corps. L'autre façade, côté jardin, reçoit elle aussi un pavillon de plan carré.

    le péage

    Ancien couvent des Cordeliers et ancien camp Romain, le Péage était l'ancienne seigneurie de Thiel, dont le siège était une motte artificielle, sur laquelle s'élevait une maison forte. Un portail du XVIIème siècle relie deux pavillons de briques bicolores (photo ci-dessus). Au début du XVIIème, la motte est abandonnée, et le château remplacé par des constructions de briques, entourant une cour carrée. Photo ci-dessous: motte tronquée où se situait l'oppidum Romain.

    le château de la varenne

    La Varenne porte encore aujourd'hui le nom de château, mais il s'agit plutôt d'une gentilhommière, construite au XIXème siècle, qui a remplacé le château, ou plus précisément, la maison forte primitive. Il existe encore un logis dans les communs, une grange du XVème siècle, à pans de bois et motifs à écharpes.

    l'église saint martin

    Petit édifice rural qui dépendait du prieuré de Jaligny, cette église est en forme de croix latine. La partie orientale est la plus ancienne. D'époque romane, elle comprend un transept débordant qui s'ouvre par une arcade brisée sur une abside à chevet plat. La nef, entièrement refaite en 1772, a été plafonnée. Elle est d'une seule travée, sans bas-côtés, percée à l'ouest d'une petite porte et d'un oculus. Le clocher, carré et massif, est couvert d'un toit de charpente à quatre pans. La chambre des cloches est éclairée, sur chaque face, par deux baies en plein cintre.

    Des fresques, financées par une souscription, sont l'oeuvre du peintre Moulinois Mazzia, et elles représentent les évangélistes écrivant leur Evangile sur un parchemin. Ces dernières sont inaugurées le 08 janvier 1905, au cours de la solennité de l'Epiphanie, par l'Abbé Dubourg, neveu de l'évêque de l'époque, et par Monseigneur Boutry, vicaire général. Ci-dessous, saint Jean, robe verte sous une cape rouge, est toujours présent dans les actes de la vie de Jésus. Exilé sur l'île de Patmos, il y rédige l'Apocalypse. Revenu à Ephèse, il y compose son Evangile contre les hérésies.

    Saint Matthieu, robe blanche sous une cape bleue, est l'auteur du premier des Evangiles. D'abord publicain, il part prêcher en Ethiopie.

    Saint-Marc n'est pas accompagné de son attribut traditionnel, le lion, mais il est reconnaissable grâce à une inscription qui figure au bas de l'oeuvre. Robe rouge sous une cape claire, il compose le second Evangile à la demande des Romains. Il aurait écrit sous la dictée de Pierre.

    Saint Luc est vêtu d'une robe rouge sous une cape bleue. Une légende du VIème siècle décrit saint Luc comme le peintre d'une série de portraits de la Vierge. Il n'est pas accompagné de son attribut habituel, qui est le taureau ou le boeuf.



    Non visible par les visiteurs, Saint-Roch, patron des paysans, est représenté en costume de pèlerin, avec un pan relevé pour laisser apparaître un bubon sur sa cuisse. Il est accompagné par un chien tenant dans sa gueule un morceau de pain. Le personnage figurant à ses côtés peut s'agir d'un ange, car il porte deux fentes à hauteur des épaules, marque probable de ses ailes manquantes. Une confrérie, dédiée à ce saint, est établie dans la commune depuis 1889.

    affaire(s) criminelle(s)

    Nous sommes le 16 août 1944, en pleine débâcle Allemande. Ce jour là, un train Allemand de radio-repérage stationnait en gare de Thiel-Sur-Acolin. Pour tuer le temps, les soldats allaient aux fermes alentours pour récupérer quelques victuailles (lait, légumes, et parfois viande...). Deux d'entre-eux trouvaient cette tâche à effectuer à pied trop difficile. Pour plus de confort dans leur mission, ils volèrent un cheval et son break à un paysan du Donjon. Possédant le sou, il promit une belle récompense à celui ou ceux qui lui rapporteraient son bien.

    L'information vint aux oreilles des maquis de la région, notamment ceux de Dompierre, Neuilly-Le-Réal et Jaligny. Est-ce l'appât du gain ou leur envie d'en découdre avec l'occupant qui poussa ceux-ci à agir? Nous ne le saurons jamais. Néanmoins, ils savaient que les Allemands circulaient tous les jours avec leur attelage sans protection, et suivaient toujours le même chemin. Si bien qu'un beau jour, un groupe de maquisards venus de l'un des coins cités précédemment se postèrent sur la voie suivi par l'attelage, et attendirent son passage.

    Au moment où l'attelage arriva au domaine de la Girette, propriété de la famille Minard, la bataille s'engagea. Un premier soldat tomba sous les balles, et le second succomba rapidement à ses blessures après avoir été éjecté du break. Le cheval, affolé, cassa ses harnais et galopa à toute vitesse en direction du bourg, donc à la rencontre de l'armée Allemande stationnée à la gare.

    Embarrassés, les maquisards, n'ayant pas prévu une telle situation, chargèrent les deux cadavres sur un chariot, et les camouflèrent derrière une haie dans un pré appartenant à la famille Monnet, puis disparurent. Joseph Monnet, le cadet de la famille, inquiet du bruit, sortit de la maison familiale, et aperçut les deux soldats morts. Effrayé, il courut à la mairie pour demander conseil. Il fut décidé alors de les transporter dans les bois des Bardiaux, et de les y enterrer.

    Mais, entre temps, le cheval était arrivé à la gare (photo ci-dessus), les harnais pendants, et sans le break. D'abord étonnés, les Allemands ne mirent pas longtemps à comprendre qu'il était arrivé quelque chose à leurs camarades. Ils sautèrent dans un camion, et ils parcoururent la campagne en suivant plusieurs routes. Finalement, ils découvrirent des douilles, des traces de sang, et leurs deux camarades abattus.

    Furieux, ils se dirigèrent vers l'habitation la plus proche, le ferme des Monnet où se trouvait toute la famille au complet. S'ensuivirent coups, bousculades, hurlements, interrogations, supplications. Tous pensaient qu'ils allaient faire les frais de la vengeance des Allemands. Finalement, les soldats malmenèrent et maîtrisèrent le père, Pierre, et le plus jeune des fils, Joseph. La mère voulu prendre leur place, ainsi que l'ainé des frères, tuberculeux en phase terminale: "laissez mon frère, il n'a rien fait. Si vous voulez quelqu'un, prenez-moi, car je ne vaux plus rien!"

    Les Allemands ne furent nullement attendris par ces cris de désespoir, et poussèrent le père et le fils devant eux. Ils les emmenèrent jusqu'à la gare, et les enfermèrent dans une petite baraque, surveillée par un garde toute la nuit. Photo ci-dessous: siège de la kommandantur à Thiel-sur-Acolin.

    La population de Thiel, ainsi que son maire (bourgmestre sous l'occupation), ne pouvaient laisser la situation en l'état. Il était hors de question que ces deux innocents soient fusillés. Ce dernier alerta le préfet, à Moulins, ainsi que le commissaire de police. Il fit de même avec la brigade de gendarmerie de Dompierre et, en compagnie de gendarmes, il arriva à la gare dès l'aube. Ce fut ensuite de longues et pénibles discussions qui n'aboutirent à rien. Les Allemands restaient sur leur position.

    L'avenir des deux prisonniers s'assombrissait d'heure en heure, malgré les multiples démarches du maire envers les autorités Allemandes. Et quand une lueur d'espoir apparaissait, elle disparaissait aussitôt suite à un volte-face des Allemands. La situation et la tension devenaient insoutenables. Pire encore, un adjudant-chef, membre de la Gestapo, émit l'idée de fusiller en plus deux membres de la famille Minard, et ce, sur le champ. Pour lui, ils étaient tous coupables, et devaient payer le crime accompli. Finalement, ce fut le point de vue de ce sous-officier qui l'emporta.

    Mais les Minard, prudents, avaient quitté leur domicile pour gagner les bois alentours. Ne les trouvant pas, les Allemands, en signe de représailles, mirent le feu à leur ferme. Pour sauver les Monnet, on harcela les Allemands de pressantes supplications, et on proposa même de dédommager les familles des soldats abattus à hauteur de un million de francs. Tout ça en vain. L'exécution fut décidée pour le début de l'après-midi.

    Autre volonté Allemande, le maire devait trouver cinquante hommes de la commune pour assister à l'exécution avec cette menace: s'il y avait le moindre bruit ou protestation, ils en fusilleraient dix. A dix-huit heures, les cinquante bénévoles furent trouvés et rassemblés place de l'église. Quatre mitrailleuses étaient braquées sur eux, prêtes à faire feu.

    Le camion transportant les détenus arriva. Menottés, ils descendirent lentement du véhicule, et furent placés contre le mur de l'église. Le fils marchait pieds nus, portait des traces de coups, et avait l'oeil gauche crevé. Un officier Allemand obligea le maire à lire à haute voix  un texte où était stipulé, comme si les Allemands cherchaient à justifier leurs futurs crimes, que "ces deux hommes seront fusillés pour avoir porté aide aux terroristes".

    Il y avait le curé de Thiel, l'abbé Dory, qui avait fait son maximum, lui aussi, pour sauver les deux innocents. Il s'approcha des condamnés, et leur tendit le Christ qu'ils embrassèrent. Puis, il les embrassa tous les deux. Deux Allemands, armés de mitraillette, étaient chargés de l'exécution. Le visage des suppliciés fut tourné vers la pierre, offrant ainsi leur dos à leurs bourreaux.

    Les coups de feu claquèrent dans un silence lourd de rage, d'injustice et d'impuissance. Le fils s'écroula, tué net d'une balle à la nuque. Touché aux jambes, le père s'écroula sans un cri. Un soldat s'approcha de lui tout en rechargeant son arme. Le père eut alors le geste de lever son bras devant lui, comme pour se protéger. Cela n'émut pas le soldat Allemand qui acheva le père à bout portant.

    Plus de soixante dix ans après les faits, les impactes de balles sont toujours visibles sur le mur de l'église.

    Les deux corps furent déposés dans l'église. Deux jours plus tard, eurent lieu les funérailles. Toute la commune y assista. Six combattants de 14-18 portèrent le cercueil de Pïerre Monnet, assassiné à l'âge de 63 ans. Six jeunes gens portèrent celui de Joseph Monnet, assassiné à l'âge de 23 ans. Ils étaient couverts de fleurs.

    Comme le décrit si bien Jean Débordes, dans son ouvrage "le temps des passions, l'Allier dans la guerre", en page 127, une fois encore, des innocents avaient payé pour l'insouciance et l'inconscience de maquisards. Car ceux-ci avant de s'enfuir n'avaient pas pris le temps de faire disparaître les corps dans la nature et de conseiller aux paysans de quitter les lieux.