trézelles:   le dernier voyage de saint-lupicin

    On raconte que Saint-Lupicin fut enterré à Trézelles malgré l'opposition farouche de la population de Lubié. En effet, à la mort du saint homme, une dame s'occupa du corps et décida de l'inhumer à Transalicum, aujourd'hui Trézelles, au grand dam des habitants de Lubié, village où il passa la majeure partie de sa vie, distribuant soins, louanges et aides diverses.

    Malgré tout, Saint-Lupicin fut enterré à Trézelles. Sa tombe, préalablement creusée à Lubié, resta donc vide. A cet endroit, plus jamais ne poussa d'herbe. Pour preuve, près de l'ancienne église, au milieu d'une prairie où l'herbe pousse à merveille, se dégage une place complètement dénudée. C'est là que l'on avait creusé une fosse pour recevoir son cercueil.

    A contrario, de beaux miracles se produisaient à Trézelles. Abandonné par son protecteur, Lubié déclina et, après le XIIIèmesiècle, fut absorbée par Lapalisse.

    trézelles: affaire jacobs et pichot

    Au cours de l'année 1941, Monsieur Lamoureux, exploitant agricole et marchand de bestiaux à Trézelles, accueille le jeune Marcel Pichot, petit Parisien que les parents, soucieux de lui épargner la guerre et ses privations, envoient en province pour aider aux travaux des champs. Marcel est alors âgé de quatorze ans, et est déjà titulaire du certificat d'études obtenu à douze ans. Son père, syndic des forts des Halles, homme droit mais à la psychologie sommaire, a décidé de lui faire suivre un apprentissage combiné de boucher et de maquignon.

    Après un temps d'adaptation difficile, le jeune Marcel s'intègre parfaitement à la vie locale, devenant l'ami de "Toto" Edelin, le fils du forgeron et des frères Péjoux, les fils du maire. Néanmoins, il s'engage rapidement dans la résistance au sein du réseau Barras. En août 1944, il s'engage dans la division Leclerc, et est grièvement blessé à Petit-Mont en Lorraine. Titulaire de la Croix de guerre avec palme, de trois citations et de la Presidential Citation, il termine le conflit pensionné à 85%.

    Pendant quelques mois, il travaille au siège parisien du R.P.F., le mouvement Gaulliste, comme huissier puis employé au service financier. De tous les jugements et appréciations portés sur lui, il ressort le portrait d'un homme agréable avec une personnalité accommodante, facile à vivre, dévouée, mais avec une tendance à se laisser entraîner par des sujets aptes à l'influencer. Pour preuve, l'attachement qu'il a toujours manifesté à l'égard de son frère aîné qui a eu maille à partir avec la justice pour port illégal d'armes.

    Début juillet 1948, à l'invitation de la famille ,Lamoureux, Marcel est de retour pour quelques jours à Trézelles. Son séjour se termine le 17 juillet, ses hôtes devant partir la semaine suivante pour une cure à Vichy, et laisser la maison à la garde de Madame Charrondière, la belle-mère, et de la servante, la jeune Simone Gironde. Marcel est conduit à la gare de Varennes-sur-Allier, un sac de provisions plein en bandoulière, en Renault Viva Sport 14 CV.

    Le 27 juillet, Marcel Pichot et Georges Jacobs sautent dans le train de 13h10 pour Varennes-sur-Allier. Cinq jours plus tôt, les deux hommes ont longuement discuté de la possibilité de racheter "le Bateau Ivre", un bistrot en vente qu'ils fréquentent régulièrement. Pichot y a ses rendez-vous réguliers avec un ancien camarade de guerre rencontré à l'hôpital militaire: Georges Jacobs. Ce dernier trahit des difficultés motrices. Pour lui, "le blé, ça se trouve à la campagne!". Et Marcel Pichot le suit dans sa démarche.

    A 19h30, le train arrive en gare de Varennes. Pichot et Jacbs descendent discrètement à contre-voie, et s'engagent en direction de Trézelles en suivant partiellement la vallée du Valençon. La cible des deux hommes n'est autre que la maison de la famille Lamoureux, sur indication de Pichot. Leur demeure, à 800 mètres du bourg, est assez isolée et la portion de la route nationale 480 menant de Jaligny à Lapalisse passe à trois cent mètres de là. Pichot a dressé le plan des lieux, et les deux hommes entrent par la fenêtre de la grande salle du rez-de-chaussée.

    Réveillée par le bruit, Madame Charrondière se retrouve face aux intrus. Aveuglée par l'éclat de la lampe braquée sur elle, elle est brutalement reconduite dans sa chambre. Afin que que la voix de Pichot ne soit pas reconnue, c'est Jacobs qui parle, tout en posant le canon de son révolver sur la tempe de la pauvre femme.

    Ils la ligotent et lui plaquent un oreiller sur la tête. Puis, ils neutralisent ensuite la jeune servante. S'ensuit alors une fouille en règle de la maison (photo ci-contre).

    La récolte est fructueuse. 300 Francs dérobés à la jeune servante, 22 000 Francs à Madame Charrondière, plus encore 1 000 Francs, des draps, des bijoux en or, une montre, de l'argenterie. L'opération a duré moins d'une heure. Il faut maintenant s'éloigner au plus vite pour attraper le train de nuit. Jacobs a remis de l'essence dans le réservoir de la Viva Sport et chargé deux valises pleines de leur butin. Il se met au volant et attend Pichot. Ce dernier désire présenter ses adieux à la bonne, mais à sa manière.

    Mais, la résistance opposée par la jeune femme et les entraves qui lui enserrent les jambes interdisent à Pichot d'assouvir ses pulsions. Il se résigne à rejoindre Jacobs qui commence à s'impatienter. Après avoir abandonné la voiture dans la rue de la Brunette, proche de la gare, les deux cambrioleurs montent dans le train de 01h30 et arrivent à Paris au petit matin. Le partage de l'argent liquide effectué, Jacobs se charge des objets volés. Il les écoulera à bon prix par le canal de ses réseaux.

    Madame Charrondière est parvenue à se libérer de ses liens pour donner l'alerte chez son plus proche voisin, Monsieur Edelin. Elle croit toujours qu'il n'y avait qu'un seul agresseur. C'est après avoir libéré la jeune servante et entendu le récit de la tentative de viol qu'elle réalise ce qui s'est passé. Ses soupçons seront confirmés par son gendre qui, rappelé de Vichy le jour même, déclarera aux gendarmes ses soupçons quant aux fréquentations du jeune Pichot. Toutes les pièces de la maison ont été visitées et fouillées sauf la chambre que ce dernier occupait lors de ses séjours à Trézelles.

    L'enquête sera vite bouclée. Certains objets ont été retrouvés chez Jacobs, les autres ont été confiés à un individu qu'il n'a pas été possible d'identifier. Pichot et Jacobs, ayant reconnu les faits, sont mis en état d'arrestation le 04 août. Le 05 avril 1949, Jacobs comparaît seul devant les juges, la maladie empêchant Pichot d'être dans le box des accusés. Jacobs écope de dix ans de réclusion et dix ans d'interdiction de séjour, amis bénéficie de circonstances atténuantes.

    Le 25 octobre 1949, c'est au tour de Pichot de rendre compte de ses actes. Bénéficiant lui aussi de circonstances atténuantes grâce à un plaidoyer larmoyant de ses avocats, il écopa de huit ans de réclusion et pas d'interdiction de séjour. Photo ci-dessous: le lieu du crime de nos jours.

    les camps de prisonniers à trézelles

    Dans sa poussée vers le sud à partir de Moulins, l'armée Allemande accumula les prisonniers militaires, au point d'établir à Trézelles un regroupement de ces soldats d'une armée en pleine débandade. Nous sommes le 18 juin 1940. 48 heures plus tôt, les habitants virent un régiment de transmissions abandonner son matériel entre le bourg et le lieu-dit "Floret". Dans les fossés, des deux côtés de la route, gisaient des camions pleins de bobines de fil, des griffes pour monter aux poteaux, des tableaux d'écoute......

    Les Allemands allaient mettre en place des camps provisoires de prisonniers de guerre de l'armée Française. Sur le terrain de football à Trézelles furent parqués un millier de soldats environ. Il n'y avait aucun abri et il pleuvait sans discontinuer. Les vestiaires n'étaient pas terminés et, de la construction, il n'y avait que les quatre murs, celle-ci ayant été arrêtée dès l'attaque Allemande (photos ci-dessus et ci-dessous).

    Dans un pré situé en contrebas de la mairie, avaient été réunis les soldats d'Afrique Noire, du Maghreb et d'Asie (première photo ci-dessous). Le propriétaire de l'emplacement , situé alors quartier de la gare, était alors Monsieur Pelletier, maçon. Aucun abri contre cette pluie continue n'avait été prévu. A l'école primaire furent regroupés les officiers (seconde photo ci-dessous). Les tables furent sorties des classes. De la paille fut étendue sur le parquet des deux classes, de la cantine et sur la terre du préau.

    Cela dura une dizaine de jours. Le boucher tuait des bêtes pour alimenter les soldats, et le boulanger (photo ci-dessous) fabriquait du pain nuit et jour, aidé de prisonniers.Lors du départ, la troupe partit à pied, et les officiers dans des camions. Les Allemands renversèrent les roulantes, jetant la viande par terre. Quant aux camions de transmission, abandonnés par l'armée Française, ils furent renversés dans les fossés.

    5 jours de cauchemar à trézelles

    Le dimanche 27 août 1944, vers 15 heures, les habitants de Trézelles virent arriver au loin, sur la route de Cindré, une colonne Allemande précédée de blindés. Cette dernière traversa le bourg, et prit la direction de Varennes-sur-Têche. Au sommet de la côte de la mairie (photo ci-dessous), les troupes occupantes se trouvèrent face à un side-car monté par des FFI.  Ces derniers réussirent à prendre la fuite malgré leur moyen de locomotion défectueux. Les Allemands crurent à ce moment-là que le village était occupé par le maquis. Ils décidèrent d'encercler le bourg. En un rien de temps, les habitants ne purent ni entrer ni sortir de la commune.

    Une fouille méticuleuse des maisons fut opérée. Les Allemands trouvèrent un révolver et un brassard FFI. Il voulurent brûler la maison. Ce fut le curé, après une longue discussion avec le commandant des troupes qui empêcha le forfait de s'accomplir.

    Le lendemain, il y eut un accrochage alors qu'un détachement Allemand traversait Cindré, puis un autre au lieu-dit "Tire-Vinaigre", situé entre Trézelles et Cindré. Une division blindée rejoignit Trézelles les jours suivants. Il s'agissait de troupes d'élite SS.

    Wladimir Porché (photo ci-contre) resta terré toute cette période. Il fut, après la libération, un écrivain, journaliste et homme de radio célèbre.

    Il était venu à Trézelles pour se ressourcer en compagnie de Madame Simone Benda, juive et épouse en troisièmes noces de son père Léon Porché. Les Allemands occupaient toujours le village, et étaient de plus en plus nerveux.  Ils obligeaient le boulanger et le boucher à travailler pour eux pour nourrir la troupe. Une pièce d'artillerie de la DCA avait été installée devant la boulangerie. Puis de nouveaux chars arrivèrent, pilotés par des soldats SS avec casquette à tête de mort. La plupart était ivre.

    Le 01er septembre, un vendredi, tous les Allemands quittèrent les lieux. En tête du convoi, ils mirent un homme du maquis qu'ils avaient fait prisonnier. Durant le temps que les Allemands occupèrent Trézelles, soit cinq jours, il resta enchaîné à la grille du café Le Méridien (photo ci-dessous). Il était interdit à qui que ce soit de l'approcher. Au pont l'Abbé (dernière photo), il fut exécuté. Quatre habitants furent déportés en Allemagne: Léon Cluzel, les frères Péronnet et Amédé Ducléroir. Seul Léon Cluzel revint de déportation.

    quelques vues pendant le circuit